Saint Martin de Champeaux

Dans l’étroite vallée de la Nizonne, le beau clocher roman de Champeaux se voit de loin. Dédié à Saint Martin, il domine les petits champs (Champeaux) et se tient au centre du village.
Aucun document n’est connu sur la construction de l’église. Sa chronologie est donc fondée sur l’étude du monument lui même, et sur la comparaison avec d’autres édifices de la région. L’église est inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis le 27 septembre 1948.

L’Abbé Brugière décrit l’église à l’époque du curé Desqueyrat.

Le style de l’église de Champeaux est gothique du XIIIème siècle. Elle mesure 31 mètres sur 8. Les extrémités de l’arc doubleau de la voûte du chœur reposent sur des consoles ou corbeaux sculptés où l’on croit reconnaître la scène si souvent reproduite de St Martin partageant son manteau à la porte d’Amiens. Neuf fenêtres gothiques, l’autel en marbre blanc. Du côté de l’Evangile se trouve un vaste vitrail de St Martin.

La Chapelle dédiée à la Vierge a une voûte dont les nervures de forme prismatique aboutissent à des écussons où, assure-t’on, se trouvaient les armes des Fayolle, anciens propriétaires de cette chapelle. Le marteau révolutionnaire les fit disparaître en 1793.

Sur les murs, à l’intérieur de l’église, on remarque les croix de son ancienne consécration.

Le portail, légèrement ogival, est orné de deux voussures portant sur quatre têtes à moitié brisées et deux colonnettes.

Entre la nef et le chœur s’élève une coupole. Au dessus se trouve un clocher carré très hardi de 75 à 80 pieds de hauteur (environ 25 m). (Il n’est pas exactement carré mais un peu rectangulaire, les architectes disent « barlong »).  On y aboutit par un escalier de pierre en colimaçon. Cette tour est percée de trois fenêtres géminées et d’une plus simple au Nord.

Nous en arrivons à un élément important et discret, lui-même inscrit à l’inventaire supplémentaire, la porte peinte de la sacristie :

Sur la porte de la sacristie du côté de l’église, on remarque une ancienne et jolie peinture représentant une religieuse abbesse tenant d’une main une crosse d’or et de l’autre un crucifix, à ses pieds une couronne ; la tête n’est point accompagnée du nimbe, indice ordinaire de la sainteté. Nous supposons que cette porte se trouvait primitivement au château de Bernardières, et que c’est peut-être un membre de la famille de cette seigneurie, par exemple une Beaupoil de Sainte-Aulaire, abbesse de Ligueux.

Cloche. 700 livres. En voici l’inscription : « St Martin de Champeaux. 1707. Très haut et très puissant seigneur Blaise Darmaignac comte d’Aidie sgr de Champeaux et Marie Anne de Nesmond dame de Puicheni.+Amille sindic. »* Une deuxième cloche plus petite lui a été adjointe.

*L’inscription visible sur la cloche principale est :

S.MARTIN.DE.CHAMPEAVX.1.70.7 TRES.HAVTTRS.PVISSANT.SEIGN.RBLAISE
DARMAI.GNAC.COMTE.DAYDIESIGR.DE.CHAMPXP MARIE ANNE.DE.NESMOND
DAME DE. PVICHENI
A MILLE SINDIG

Ce que nous traduirons par :
Saint Martin de Champeaux 1707. Très haut et très puissant Seigneur Blaise d’Armaignac comte
d’Aydie, Seigneur de Champeaux. Marie Anne de Nesmond,
Dame de Puycheny.
A Mille, syndic

 

Martin, né en Hongrie en 316, soldat de l’Empire romain, partage son manteau avec un déshérité et ce partage de cape fera le mot chapelle, le nom de capétien et l’image très largement connue. Baptisé, il participe à la défense contre les alamans puis quitte l’armée et après divers voyages crée à Ligugé près de Tours la première communauté de moines en Gaule, puis, plus tard, celle de Marmoutier, pour former des évangélisateurs. La ville de Tours le prend comme évêque. Il meurt en 397. On a nommé en son honneur le  martin-pêcheur et l’été de la saint Martin. Martin est le nom de famille le plus répandu en France, et il est aussi porté par plus de 230 communes et … 4000 églises. Il est le patron de Mayence, d’Utrecht, de Lucques et de Buenos Ayres.

L’église est sur la place du bourg, mais autrefois, c’était le cimetière du village qui prenait une bonne partie de cette place. Il entourait l’église, comme dans bien d’autres paroisses (la Chapelle Pommier). Vers 1860 se posa un problème d’espace pour ce cimetière. Il était impossible de l’étendre. En 1863, le préfet enjoignit la commune de le déplacer pour raison d’étroitesse mais aussi de salubrité. Le conseil municipal répondit au préfet cette phrase merveilleuse : « La mortalité étant très restreinte dans la commune, nous ne voyons pas l’utilité d’un déplacement ». L’affaire traîna dix ans.

Il existe un beau presbytère sur la hauteur au Sud de l’église. Outre l’église de la Chapelle Pommier, Il y avait quatre chapelles sur la commune :

-La chapelle Saint Roch de Bernardières, dont l’emplacement est marqué par un monument,

-La chapelle du château de Puycheny,

-La chapelle du château de Benardières

-Et la chapelle de Fontgenade, à la limite de la Chapelle Pommier et de Vieux Mareuil.

 

Histoire de la « Coiffe de la Vierge »

Pierre d’Authon, seigneur de Bernardières, marié avec Souveraine Flamenc, est un aventurier qui n’y réside pas. De ses lointains voyages, il a rapporté la « coiffe de la Vierge » et l’a offerte à l’église de Champeaux. (On peut se demander si ce n’est pas à cette occasion qu’a été construite, à gauche dans la nef, la chapelle de la Vierge).

En 1484, voulant se faire construire un tombeau « fort superbe, fait en pierre, haut, eslevé, digne de lui » dans l’église Saint Front de Périgueux, il retira à Champeaux cette insigne relique, pour l’offrir au chapitre de Saint Front. D’où résulta un long procès entre les chanoines et le curé de Champeaux. « Ladite coiffe demeura à l’église de Périgueux, vénérée, jusqu’à ce que les Huguenots pillèrent tout. » Ils détruisirent aussi le beau tombeau.

Pierre d’Authon mourut en 1496 ou 1497, et son fils Antoine d’Authon rendit « hommage à Guy, baron et seigneur de Mareuil, tant de la seigneurie de Bernardières et dépendances d’icelle, que de tous les cens, rentes et droits seigneuriaux qu’il avait dans les paroisses de Champeaux, Lussas, la Chapelle Pommier et Saint Sulpice. »

D’après Madeleine Hériard, «Bernardières », Rudeau, novembre 1993.

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